Bus & Car - n°866 Oct. 2010Jacques Forget n’est plus à la tête de Graphibus. Sa fille Karen a racheté l’entreprise familiale. L’agence de communication, spécialisée dans le transport de voyageurs, ne devrait donc perdre ni son latin, ni sa philosophie.

Créer pour durer est un des slogans de Graphibus. Et au sein de cette agence de communication spécialisée dans le transport de voyageurs, on n’est pas adepte de la formule : «Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais !» Jacques Forget, fondateur emblématique de la société, a récemment pris sa retraite et vendu sa société à… Karen Forget. «Il y avait d’autres repreneurs intéressés qui proposaient un dossier sérieux. Mais en permettant à ma fille de prendre la tête de Graphibus nous avons fait le choix de la continuité, plutôt que celui de l’intérêt purement financier», témoigne Jacques Forget. Pour autant, la crinière blanche de l’ardent défenseur de la notion d’identité visuelle ne va pas disparaître du secteur. «Il continue à intervenir en tant que consultant. Aujourd’hui, il est totalement libéré de la gestion administrative et peut se concentrer sur l’aspect créatif», confie Karen Forget, présidente de Graphibus. Cette dernière a mûri sa décision pendant deux années. «C’est le choix du cœur. Même si j’ai commencé ma vie professionnelle ailleurs, cela fait prés de quinze ans que j’y travaille. Je ne me voyais pas laisser la place à des investisseurs extérieurs, d’autant plus que je crois fortement au potentiel de développement de l’entreprise qui est dans une situation saine,» appuie-t-elle.

On ne change pas une équipe qui gagne

La prise de recul de Jacques Forget ne vient pas bouleverser l’organisation de Graphibus. «S’il a été pendant longtemps la personnalité forte de Graphibus, il n’a pour autant jamais été seul dans la barque. L’équipe de création compte quinze personnes, dont deux directeurs artistiques. Toutes restent dans l’entreprise et conservent les dossiers qu’elles géraient», assure Karen Forget. Cette dernière se focalise sur la gestion humaine et administrative de l’entreprise, ainsi que sur son développement commercial. «Je ne suis pas pour autant étrangère à la création. Je revendique une certaine sensibilité esthétique. J’ai été baignée dans ce monde depuis toujours et je suis parfaitement apte à conseiller les clients», promet-elle. Ce qui ne changera pas non plus c’est tout le développement mis en place sur le plan technologique. Graphibus maîtrise toute la chaîne de la création de l’identité visuelle, de la réflexion à la production et la pose des adhésifs sur les véhicules. Graphibus a créé ses propres procédés : Freesign (adhésif peint vernissé) et Printsign (impression numérique vernissée. Récemment, il a développé une nouvelle offre qui mixe les deux procédés pour allier la souplesse des effets graphiques avec une large palette d’aspect et de matière, le tout sans raccord. «Notre avancée technologique a toujours été notre marque de fabrique. mais nous ne recherchons pas la prouesse pour le plaisir. L’objectif est d’offrir des produits toujours plus résistants, avec un entretien le plus simple et le plus économique possible. Notre développement dans les industries aéronautique et ferroviaire nous a poussés à faire preuve d’une exigence toujours plus élevée. Enfin, nous nous comportons en industriel dans notre capacité à répéter à l’identique les travaux qui nous sont confiés. lorsque nous devons habiller un parc, notre client est certain que les véhicules seront identiques. Et si dix ans après, nous devions à nouveau intervenir, le résultat serait le même car nous conservons les traces de notre travail» assure Karen Forget.

Au service de tout le transport

Les autocaristes formant la clientèle historique de Graphibus. Aujourd’hui encore, ils permettent à l’agence de générer près de 55% de son chiffre d’affaire. «Nous sommes bien en phase avec eux et bien souvent partageons des valeurs communes sur l’importance de la durée dans le temps. Dans les entreprises familiales, les nouvelles générations veulent imprimer leur style sans pour autant renier leur héritage. Cela nous donne un terrain d’entente et nous permet de bien travailler ensemble. Le transport public est la deuxième activité couverte par Graphibus, avec près de 40% du chiffre d’affaires. cette part devrait certainement augmenter, non seulement pour suivre l’évolution du secteur, mais également car l’agence est de plus en plus présente dans le ferroviaire. C’est un travail sur le long cours. Le fait de travailler sur des rames de TER nous a poussés à trouver de nouvelles solutions technologiques et à devoir composer avec de nouvelles exigences et contraintes sur le terrain. Mais ce que nous avons dû développer pour les trains profite aux cars et aux bus. D’une manière plus large, le transport public impose de travailler avec les collectivités et de les confronter à la logique des appels d’offre. Ma formation me permet d’aborder au mieux ces problématiques. mais pour un élu, comme pour un autocariste, nous ne nous contentons pas de faire joli. Nous cherchons à faire passer un message, nous faisons de la communication durable», poursuit Karen Forget. Graphibus intervient également dans l’aéronautique, directement auprès d’Airbus. «C’est une part faible de notre activité. Mais, là encore, c’est un défi permanent qui nous est proposé et qui agit comme une émulation pour toutes nos activités», souligne-t-elle.

Aller au-delà des véhicules

N’allez pas dire de Graphibus qu’il se contente de dessiner des adhésifs pour les poser, avec soin, sur des bus, cars, des trains ou encore des avions. Lorsque l’agence en communication parle d’identité visuelle, elle voit bien au-delà des véhicules. «Nous ne nous contentons pas de la livrée. Notre objectif est de permettre à nos clients de gagner en cohérence. Ainsi, nous travaillons aussi sur l’intérieur des véhicules, mais également sur les brochures, les différents supports de communication, les sites internet ou encore les espaces d’accueil du public comme les agences de voyages», détaille Karen Forget. Graphibus se présente comme un révélateur d’identité, un miroir prodiguant des conseils pour permettre à celui qui s’y reflète de mieux se reconnaître. «Mais attention, nous ne sommes pas des gourous. Nous respectons les attentes de nos clients. L’idéal est de travailler en collaboration avec eux et les équipes en place afin de créer une image dans laquelle ils se reconnaissent et se reconnaîtront pour de nombreuses années», conclut Karen Forget.

David Reibenberg, BUS & CAR - n°866 Oct. 2010